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Contenu local, une belle promesse, mais à quelles conditions pour les PME guinéennes ? (Analyse)

ACTIVITÉS SECTORIELLES

Contenu local, une belle promesse, mais à quelles conditions pour les PME guinéennes ? (Analyse)

Depuis l’adoption de la loi sur le contenu local en 2022, beaucoup d’espoirs ont été placés dans cette réforme.Elle vise à intégrer davantage les compétences, les entreprises et les ressources locales dans les grands projets publics et privés, notamment dans les secteurs stratégiques comme les mines, les infrastructures ou l’énergie. La rédaction de fronteco vous livre le contenu de l’analyse de Saifoulaye Baldé, spécialiste de ce type de questions.     

 

 

L’idée est simple et juste : Faire en sorte que les richesses produites en Guinée bénéficient d’abord aux Guinéens. Et sur le papier, tout y est : Obligation de faire appel à des PME locales, quotas de main-d’œuvre nationale, transfert de compétences, création d’unités industrielles locales… mais dans la pratique, les choses sont plus complexes.

Dans les faits, beaucoup de PME n’arrivent pas à tirer profit de cette loi. Pourquoi ? Parce qu’on leur demande de courir un marathon sans chaussures. La plupart n’ont pas accès aux financements nécessaires pour répondre à des marchés, elles manquent d’informations précises sur les opportunités, et souffrent de vrais retards en matière de structuration ou de qualification.

Les 40 % de sous-traitance ? Oui, mais pas sans préparation

 La loi impose aux opérateurs d’externaliser au moins 40 % du volume des prestations à des entreprises locales.

« Dans le cadre de cette cotraitance, l’entreprise locale doit avoir en charge au moins quarante pour cent (40 %) du volume des prestations à réaliser, notamment : les études de faisabilité technique du projet, les études d’impact environnemental et social, les études d’exécution, ainsi que les travaux de réalisation du projet. » — Loi sur le contenu local, 2022

Ce chiffre peut sembler ambitieux, voire irréaliste. Pourtant, il est atteignable… à condition qu’il y ait un vrai travail en amont. Il faut que les grandes entreprises établissent des plans de développement avec les PME, qu’elles prennent le temps de former, d’intégrer, d’accompagner. Cela demande un changement de posture : passer d’une logique de conformité administrative à une logique de partenariat économique local.

Le rôle central de l’ARCCL

 L’Autorité de Régulation et de Contrôle du Contenu Local (ARCCL), prévue par la loi, a un rôle central. C’est elle qui doit vérifier si les obligations sont respectées. Mais à ce jour, elle n’est pas encore opérationnelle.

Elle ne doit pas devenir une machine à sanctions. Elle doit d’abord être un facilitateur. Et pour cela, elle gagnerait à s’appuyer sur les structures déjà existantes dans l’écosystème : la BSTP, l’APIP, les 3AE, la Direction nationale des PME, la Chambre de commerce et les organisations patronales. Ces entités connaissent le terrain, accompagnent déjà les entreprises, et peuvent jouer un rôle de relais dans l’identification, la labellisation et le suivi des PME éligibles.

Par exemple, le système de labellisation mis en place par la BSTP et qui a une vocation nationale pourrait être intégré comme un outil reconnu par l’ARCCL pour évaluer le niveau de préparation et de fiabilité des entreprises locales. Cela permettrait de créer une vraie passerelle entre la réglementation et la réalité opérationnelle des PME.

Ce qu’il faut mettre en place de manière urgente

Renforcer le fonds national d’appui aux PME à travers le FODIP, avec une orientation claire vers les secteurs à fort potentiel (mines, énergie, services industriels). Le FODIP pourrait parfaitement jouer ce rôle d’opérateur et de guichet du fonds, en lien avec les ministères sectoriels et les partenaires techniques.

Identifier et accompagner des PME stratégiques sur 2 à 3 ans avec des plans de montée en compétence.

Mettre en place un guichet unique d’information, avec un calendrier des projets, des procédures, et des outils d’aide au montage de dossiers.

Faciliter la mise en relation avec les grands opérateurs, en passant par des plateformes comme la BSTP et ses outils de certification.

Encourager les regroupements de PME pour répondre ensemble à des marchés, au lieu de les laisser seules face aux multinationales.

Un appel : pour que le contenu local devienne une réalité économique

La loi sur le contenu local est un outil puissant. Mais comme tout outil, il ne vaut que par la manière dont on s’en sert.

Les PME guinéennes ne demandent pas des privilèges. Elles demandent à être accompagnées, préparées, respectées dans leur rôle de partenaires économiques. Cela passe par un dialogue franc entre l’État, les grandes entreprises, les institutions de soutien comme la BSTP, et les opérateurs financiers.

Le contenu local ne doit pas être un slogan. Il doit devenir un pilier concret de notre développement. Pour cela, chacun doit prendre ses responsabilisés :

L’État en créant les conditions.

Les PME en se structurant.

Les grands projets en jouant le jeu.

Et l’ARCCL, en étant un arbitre juste… mais d’abord un bâtisseur.

 SAIFOULAYE BALDÉ

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