Gouvernance
Le pessimisme, le véritable obstacle au développement de l’Afrique ?
Parler du développement de l’Afrique revient souvent à évoquer la pauvreté, le chômage, les crises politiques, les conflits ou encore le manque d’infrastructures. Pourtant, après de nombreuses discussions avec de jeunes intellectuels, des étudiants, des entrepreneurs et même des boursiers d’État, une réalité préoccupante s’impose : le plus grand obstacle auquel notre continent est confronté n’est peut-être pas uniquement économique ou politique. Il est aussi psychologique. Quand un peuple cesse de croire en lui-même, il abandonne son avenir.

Le pessimisme est devenu un poison silencieux qui consume les ambitions de toute une génération. Dans plusieurs pays africains, les États investissent chaque année des millions dans la formation de leurs élites. Des milliers de jeunes bénéficient de bourses d’études dans les meilleures universités d’Afrique, d’Europe, d’Asie ou d’Amérique avec un objectif clair : acquérir les compétences nécessaires pour contribuer au développement de leur pays.
Pourtant, au fil des échanges avec ces jeunes, une phrase revient régulièrement : « Rien ne changera. » Cette conviction est peut-être la plus grande tragédie de notre époque.Car lorsqu’un jeune diplômé ne croit plus en la possibilité de transformer son pays, il cesse progressivement de vouloir y investir son énergie, ses idées et son talent.L’ambition laisse place à la résignation. L’initiative est remplacée par l’attente. Les rêves s’effacent avant même d’avoir été poursuivis.Le pessimisme ne détruit pas seulement les individus ; il ralentit également le développement des nations.

Aucun pays ne s’est construit grâce au découragement. Les grandes transformations économiques et sociales ont toujours commencé par des femmes et des hommes qui ont refusé de croire que l’échec était une fatalité. L’histoire démontre que chaque nation qui a réussi à se relever l’a fait grâce à une génération qui a choisi l’action plutôt que la résignation.
Cela ne signifie pas qu’il faut ignorer les difficultés bien réelles auxquelles l’Afrique est confrontée. Les défis existent et sont nombreux. Les jeunes sont confrontés au chômage, au manque d’opportunités, à la corruption, à la faiblesse de certaines institutions et parfois à l’absence de perspectives. Ces réalités ne doivent ni être minimisées ni ignorées.
Cependant, reconnaître les difficultés ne doit jamais conduire à abandonner toute espérance.
Le véritable danger n’est pas seulement la pauvreté.
Le véritable danger commence lorsqu’un peuple cesse de croire en sa propre capacité à changer son destin.
Un pays pauvre peut se reconstruire. Une économie fragile peut être redressée. Des infrastructures peuvent être bâties. Des institutions peuvent être réformées.
Mais lorsqu’une génération perd confiance en elle-même, elle risque de renoncer avant même d’avoir essayé.
Notre jeunesse possède aujourd’hui plus de connaissances, plus d’accès à l’information et plus d’opportunités que toutes les générations précédentes. Grâce au numérique, à l’innovation et à l’entrepreneuriat, les possibilités de créer de la valeur sont plus nombreuses que jamais.
La question n’est donc pas uniquement de savoir ce que nos États peuvent faire pour nous.
La véritable question est aussi de savoir ce que nous sommes prêts à faire pour notre continent.
Nous, jeunes Africains, devons cesser d’être les complices du pessimisme. Chaque fois que nous répétons que « rien ne peut changer », nous renforçons une culture du renoncement qui freine notre propre avenir.
Au contraire, nous devons devenir les ambassadeurs de l’espérance, de l’innovation, du travail, de l’intégrité et de l’engagement citoyen. Croire en son pays ne signifie pas nier ses imperfections ; cela signifie avoir le courage de participer à sa transformation.
L’Afrique n’a pas seulement besoin de diplômés. Elle a besoin de bâtisseurs.
Elle n’a pas seulement besoin d’intellectuels. Elle a besoin de femmes et d’hommes capables de transformer leurs connaissances en solutions concrètes.
Le changement que nous attendons ne viendra pas uniquement des gouvernements, des partenaires internationaux ou des investisseurs étrangers. Il dépend aussi de notre état d’esprit, de notre capacité à croire en nos compétences et à agir malgré les obstacles.
Aujourd’hui, le plus grand acte de courage pour un jeune Africain est peut-être de continuer à croire lorsque tant d’autres ont choisi de renoncer.
Refusons le pessimisme.
Choisissons l’action.
Choisissons l’espérance.
Choisissons de croire en nous-mêmes.
Car le jour où l’Afrique retrouvera pleinement confiance en sa jeunesse, rien ne pourra arrêter son développement.
Tamba Alexis Kondiano
Rédacteur en chef – Afrigates Global
Master MBA Inde
