Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory 2 Tounkara a continué sa prise de contact avec les hommes de droits. Cette fois, c’est au tribunal du Travail. Où il a été question d’une dynamique de rapprochement entre l’administration centrale et les acteurs judiciaires de terrain afin de mieux appréhender les réalités, les contraintes et les attentes du monde judiciaire.
Une visite placée sous le signe de l’écoute et de la responsabilité
« Il a souligné que cette visite, intervenue peu après la nomination du Garde des Sceaux, traduit une volonté claire de dialogue, d’écoute et de compréhension des réalités quotidiennes des juridictions, » a souligné leprésident du tribunal du Travail de Conakry, Alhassane Taran Diallo.
Institution de proximité par excellence, le tribunal du Travail occupe, selon le président Diallo, une place centrale dans la régulation des relations professionnelles et la préservation de la dignité humaine. Les litiges qui y sont soumis exigent une justice équilibrée, diligente et équitable, soucieuse à la fois de la protection des travailleurs et de la sécurité juridique des employeurs.
Rappelant les actions menées depuis sa prise de fonction en novembre 2025, le président du Tribunal a évoqué entre autres l’organisation de l’Assemblée générale de la juridiction, les rencontres de concertation avec l’Inspection générale du Travail ainsi que l’adoption des résolutions visant l’harmonisation des pratiques professionnelles, l’amélioration de la célérité des procédures et le démarrage effectif des audiences publiques à des horaires réguliers.
Tout en réaffirmant l’engagement du Tribunal à accompagner les réformes annoncées par le département de la Justice, il a rassuré le Garde des Sceaux de la disponibilité et de la détermination des magistrats et du personnel judiciaire à œuvrer, dans le respect de l’indépendance de la magistrature, pour une justice plus crédible, plus accessible et plus efficace.
Un état des lieux sans complaisance présenté par le vice-président
Prenant la parole à la suite du Président, le vice-président du tribunal du Travail de Conakry, Lansana Chérif a dressé un tableau détaillé de la situation actuelle de la juridiction, tant sur le plan organisationnel que fonctionnel.
Il a rappelé que, faute de disposer d’un siège propre, le Tribunal est logé depuis sa création dans un pavillon du Tribunal de première instance de Mafanco, composé de seulement quatre bureaux, accueillant magistrats, greffiers et secrétaires dans des conditions de promiscuité peu compatibles avec les exigences d’une juridiction spécialisée.
À cette contrainte s’ajoute la présence de vingt-quatre assesseurs : douze représentants des employeurs et douze des travailleurs : dont l’engagement demeure indispensable au fonctionnement collégial du Tribunal.
Sur le plan juridique, le vice-président a rappelé que le tribunal du Travail de Conakry tire son fondement du Code du Travail guinéen, qui définit clairement sa compétence nationale, son organisation et son fonctionnement. Cette compétence nationale confère à la juridiction un rôle majeur dans la gestion du contentieux social sur l’ensemble du territoire.
Les statistiques présentées témoignent d’une augmentation significative du volume des affaires. 218 dossiers enregistrés en 2024 et 319 en 2025, l’année 2026 affiche déjà 99 affaires enregistrées au début du mois de mars dont plusieurs dossiers complexes liés aux licenciements collectifs pour motif économique.
Dans certains cas, le Tribunal est amené à statuer sur des centaines de demandes émanant des travailleurs concernés par une même procédure.
Des contraintes majeures et des recommandations claires
Parmi les difficultés soulevées figurent l’imminence de la démolition du bâtiment actuellement occupé, le retard dans le paiement des indemnités dues aux assesseurs ainsi que le besoin urgent de renforcer les capacités humaine, matérielle et logistique de la juridiction. Face à ces défis, le vice-président a formulé plusieurs recommandations notamment l’attribution d’un siège propre au Tribunal, la régularisation des indemnités des assesseurs, la mise en œuvre progressive de la digitalisation des procédures et l’allocation d’un budget de fonctionnement spécifique.
Il a également plaidé pour une adaptation des normes légales à l’évolution du monde économique en suggérant par exemple de faire de la tentative de conciliation un préalable obligatoire devant le juge du travail à l’image des pratiques en vigueur dans plusieurs pays de la sous-région.
Au terme des échanges, le Garde des Sceaux a rappelé que cette visite s’inscrit dans une tournée globale des juridictions spécialisées visant à transmettre un message fort de responsabilité et d’éthique professionnelle. Il a reconnu l’existence de difficultés structurelle et fonctionnelle, tout en assurant que des solutions concertées et durables seront recherchées pour améliorer le fonctionnement des juridictions.
La visite s’est achevée sur une note d’espoirs et d’engagements partagés. Le tribunal du Travail de Conakry en tant qu’instrument essentiel de régulation sociale et de sécurisation du climat économique apparaît plus que jamais comme un pilier de l’État de droit. Dans un contexte marqué par l’essor des investissements et des grands projets structurantsnotamment dans le secteur minier, le renforcement de cette juridiction demeure un impératif institutionnel.
Soutenir le tribunal du Travail conviennent les intervenants. Consolider la confiance des travailleurs, rassurer les employeurs et contribuer durablement à la paix sociale et au développement national tel est l’objectif.
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