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La Forêt guinéenne entre Beauté et Cendres, l’urgence d’une politique de sauvegarde face à la pauvreté (Tribune)

Environnement

La Forêt guinéenne entre Beauté et Cendres, l’urgence d’une politique de sauvegarde face à la pauvreté (Tribune)

Comme l’écrivait P. Saint Marc dans Socialisation de la nature, la nature est une véritable promotion de l’homme. Elle est notre laboratoire vivant, une source inépuisable de connaissance et d’inspiration. La contemplation de sa beauté est une des sources immémoriales de la joie de vivre, libérant les forces profondes de la personnalité, loin des contraintes et du dessèchement de la vie urbaine. La nature est, tout simplement, l’une des clefs de la grandeur de l’homme.

 

La Nature, un Patrimoine Sacrifié

Mais cette vérité philosophique se heurte cruellement à la réalité guinéenne. Notre pays, réputé pour être le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, voit son manteau vert se déchirer chaque jour.

La Fatalité du Charbon : Quand la Pauvreté Tue l’Avenir

Le véritable fléau qui ronge nos forêts n’est pas le caprice d’une multinationale, mais la pauvreté structurelle de notre peuple, amplifiée par l’absence criante de politiques de sauvegarde efficaces.

Dans nos quartiers, dans nos villes, le cri de la faim est transformé en fumée. Le bois coupé pour fabriquer du charbon de bois est l’ultime bouée de sauvetage pour des milliers de familles. Un sac de charbon représente le revenu d’une journée, l’achat d’un repas, la seule alternative énergétique pour une population qui n’a pas accès à une électricité stable et abordable.

C’est une fatalité économique : l’homme détruit sa propre « promotion » pour survivre à court terme. Chaque hache qui s’abat sur nos arbres est le témoignage amer de l’échec de la gouvernance à fournir des solutions durables.

Manque de Volonté Politique et Conséquences Dévastatrices

Où sont les politiques de sauvegarde ? Elles sont écrites, elles existent, mais elles restent souvent lettre morte, noyées dans l’inertie administrative ou, pire, dans la corruption.

Nous ne pouvons pas continuer d’assister à l’effondrement de notre patrimoine :

  1. Biodiversité en danger : Chaque hectare perdu est un musée vivant qui disparaît, un recoin de connaissance anéanti.
  2. Sécurité hydrique menacée : Le déboisement des massifs et des sources, notamment dans la région forestière, menace la capacité de la Guinée à rester le château d’eau du continent. Si nous ne protégeons pas nos forêts, l’eau viendra à manquer pour nous-mêmes et pour nos voisins.
  3. Accentuation des risques climatiques : La déforestation massive, en augmentant les glissements de terrain et les inondations à Conakry, met en péril la vie des populations les plus vulnérables.

Le Devoir de la Refondation

Le gouvernement de transition parle de refondation de l’État et d’investissements massifs dans les infrastructures (Simandou, électricité). Mais ce grand projet de nation restera un château de cartes si nous n’intégrons pas la protection environnementale comme une priorité absolue et non négociable.

Il est impératif :

  • De développer rapidement l’accès à des énergies alternatives (gaz, électricité stabilisée) pour soulager la pression sur le bois-énergie.
  • De mettre en place des programmes d’agroforesterie et de reboisement rémunérés, offrant un emploi décent aux populations qui dépendent du charbon.
  • D’appliquer avec une rigueur totale la loi contre la coupe abusive, sans favoritisme ni laxisme.

Si nous ne parvenons pas à donner au citoyen une raison de vivre meilleure que de vendre son avenir au sac de charbon, alors la poésie et la liberté que nous offre la nature disparaîtront sous la cendre. Le patrimoine de la Guinée Conakry est en danger ; l’heure est à l’action concrète et urgente.

Kèfina Diakité

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