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Dr Djogo Barry, itinéraire d’un intellectuel atypique (Portrait) 

ACTIVITÉS SECTORIELLES

Dr Djogo Barry, itinéraire d’un intellectuel atypique (Portrait) 

Portrait-Eco-Week : Il est des trajectoires que ni les circonstances ni les frontières ne sauraient contenir. Celle de Djogo Barry appartient à cette espèce d’histoires humaines qui se forgent dans la tension des contraires : Entre Nord et Sud, entre savoir et action, entre blessure et espérance.   

 

Fils de Guinée, devenu homme en France, il porte dans sa chair l’expérience de la migration, non comme une rupture, mais comme un lien. C’est au Havre, ville de vent et de mémoire, qu’il s’est enraciné. Là, il bâtit. Là, il témoigne que nul chemin n’est trop escarpé pour qui marche avec sens.

Comprendre pour agir.

C’est à Kountia, en périphérie de Conakry, que Djogo Barry entame son parcours universitaire. Il y étudie l’information et la communication, dans un contexte guinéen où penser la parole, l’image et les dispositifs médiatiques relève déjà d’un acte politique.

La quête du savoir le conduit hors des frontières, d’abord vers  l’Université Polytechnique de Bucarest, où il obtient un master en Ingénierie des Systèmes Industriels. Il y découvre une autre rigueur, un autre rapport à la technique, une pensée systémique des organisations et des infrastructures. Un détour fondateur.

C’est en France, au Havre, qu’il poursuit et approfondit sa trajectoire intellectuelle. Inscrit d’abord en master ingénierie touristiques et culturelles et en doctorat au sein de Normandie Université, il soutient en 2021 une thèse en Sciences de l’Information et de la Communication, sous la direction de la professeure Béatrice Galinon-Mélénec. Il y explore le rôle des traces numériques, les logiques de représentation territoriale, les mécanismes de communication d’influence, et la manière dont les institutions publiques construisent du sens dans l’espace numérique.

Éveiller, outiller, relier

Très tôt, Djogo Barry ressent l’urgence de créer des espaces d’émancipationdans le réel, en particulier pour celles et ceux à qui l’histoire n’a pas donné les bonnes portes d’entrée. C’est dans cet esprit qu’il cofonde en 2016 LH Socialab, un laboratoire d’idées et d’initiatives citoyennes qui deviendra ensuite GOW, une couveuse d’entreprises labellisée Fabrique Numérique de Territoire. GOW accompagne des porteurs de projets dans les domaines du numérique, de l’artisanat et de l’économie sociale.

Par la suite, il fonde en 2018 Want-school, une école d’informatique inclusive et solidaire implantée au Havre et Caen. L’ambition est claire : rendre les compétences numériques accessibles à ceux qu’on a trop longtemps laissés au bord du chemin. Ici, pas de filtre académique ni de discours élitiste. On y apprend à coder, à réparer, à créer, mais aussi à croire en soi.

A ce titre, il reçoit, en 2016, le prix national Talents des Cités, en 2019 la médaille d’honneur du Havre, en 2020 le Positive Social Award de la Fondation Positive Planet. Ces honneurs, il ne les brandit pas. Il les considère comme des haltes, des reconnaissances collectives, non comme des aboutissements.

Revenir pour reconstruire

Pendant des années, Djogo Barry agit depuis la France, tissant patiemment des passerelles entre les deux rives. Mais l’appel de la Guinée, son pays d’origine, devient peu à peu une évidence. Non comme un retour nostalgique, mais comme un acte d’ancrage et de responsabilité. Il sait que les savoirs accumulés, les expériences capitalisées et les outils forgés n’ont de sens que s’ils trouvent écho dans les réalités qui l’ont vu naître.

En 2022, il reprend la direction de Saboutech, incubateur public pionnier en Guinée, laissé à l’abandon depuis trois années. La tâche est colossale. Il ne s’agit pas de gérer l’existant, mais de raviver un écosystème éteint. En moins de deux ans, il redonne souffle et direction à l’incubateur, réussissant à mobiliser plus de 400 000 € de financements auprès d’acteurs majeurs : Banque mondiale, Organisation internationale de la Francophonie, Ministère français des Affaires étrangères, entre autres.

Sous sa direction, Saboutech devient un véritable carrefour d’initiatives. Des programmes sont développés dans des domaines stratégiques : numérique, audiovisuel, agroécologie, recyclage des déchets électroniques, entrepreneuriat rural, e-santé. Il veille à ancrer chaque projet dans les besoins du territoire, tout en y injectant des exigences de qualité, de transparence, et de pérennité.

Étendre l’action à l’échelle régionale

Mais son action ne s’arrête pas aux frontières de la Guinée. En 2022 et 2023, la Ville du Havre et la Mission Locale Le Havre Estuaire Littoral lui confient la mise en œuvre opérationnelle de deux programmes de coopération décentralisée en Afrique de l’Ouest : Jeunesse IX et X.

À Abidjan (Port-Bouët, Attécoubé) comme à Diamacouda (Sénégal), il conduit des diagnostics territoriaux, équipe d’espaces d’apprentissage, forme des formateurs, conçoit des parcours professionnalisants dans des secteurs techniques à fort potentiel.

Son approche est simple, mais rigoureuse : écouter les besoins, mobiliser les ressources locales, structurer durablement et connecter les initiatives entre elles, catalyseur discret mais déterminant.

Penser, agir, transmettre

Fidèle à l’appel de la pensée, il poursuit son chemin dans le silence laborieux de la recherche, engagé dans un parcours postdoctoral à Sciences Po Aix, sous l’égide de la Chaire Renseignement, guidé par le Professeur Walter Bruyère-Ostells et le Général de brigade (2S) Serge Cholley dans une entreprise dépasse les murs de l’université.

Car il s’agit, non de disserter à distance, mais de scruter, au cœur du tumulte numérique, les mécanismes invisibles qui façonnent les consciences. Dans l’ombre des écrans et la clameur des récits, il faut observer, comparer, déchiffrer : les narrations géopolitiques, les dispositifs d’influence pour séduire, enrôler ou abaisser.

Et demain ? Demain, il poursuivra sa tâche, avec cette fermeté tranquille que donne la clarté des intentions. Il continuera à faire circuler les idées, à unir les rives, à transmettre ce qu’il sait à ceux qui cherchent. Car il le croit profondément : penser, c’est résister ; et transmettre, c’est libérer.

Dr Emmanuel Savoye

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